Deux jours.
Deux jours à vivre.
Deux jours et mourir.
Deux petits jours.
Et vous, de quoi pleurez-vous ? Il vous reste la vie. On me retire la mienne.
Je ferais tout. Tout. Je me battrais s'il le faut.
Mais je ne peux dire adieu aux joies de la vie. Si peu nombreuses soit elles. Je ne puis me résigner à quitter l'amour, l'amitié, la passion. Je veux rire, rire jusqu'à n'en plus finir. Et si c'était possible je voudrais mourir de rire.
J'ai encore tout à prouver. J'ai tellement de choses à dire, à écrire, à lire. J'ai toujours souhaité me retrouver devant tous les écrans et faire réagir les gens, leur donner envie de m'écouter et de se battre. Toujours. Je voulais montrer mon talent, avoir ma revanche face à certaines personnes. Je voulais tous les étonner. Je voulais montrer ce que je vallais. Je voulais sauver le monde. Je voulais être riche, célèbre, belle et mariée mais pas pour le fait d'être riche, célèbre, belle et mariée. Seulement pour prouver que je pouvais le faire. Seulement pour avoir un peu de reconnaissance. Une vie agréable. Pas une vie râtée.
Je voulais être une écrivainne reconnue ou bien une poête. Je voulais toucher les gens en écrivant, faire naître des larmes qui ne s'arrêteraient jamais. Je voulais transmettre mon émotion à mes lecteurs. Je voulais qu'on ne cite mon nom que pour parler d'un magnifique langage ou d'idées engageantes.
Je voulais lire tellement de livres, et en toutes les langues. Je voulais connaître tout Voltaire, tout Rousseau, tout Hugo, Tout Maupassant, tout Vian, tout Zola, tout Balzac, tout Racine, tout Molière, tout Boileau, tout Cocteau, tout Rabelais, tout Montaigne, tout Pascal, tout Platon, tout Gogol, tout Proust, tout Huxley, tout Goethe, tout Kafka...
Je voulais rêver avec Rimbaud, avec Verlaine, avec Baudelaire, avec Prévert, avec Appolinaire, avec Aragon, avec De Musset, avec Lamartine, avec Du Bellay, avec Ronsard, avec Eluard, avec Mallarmé, avec Césaire, avec René Char, avec De Vigny...
Je voulais m'envoler en chantonnant Piaf, Barbara, Brassens, Lapointe, Souchon, Bécaud, Brel, les frères Jacques, Aznavour, Balavoine, Michel Berger, France Gall, Françoise Hardy, Lucienne Delyle, Dalida, Gainsbourg, Cabrel, Joe Dassin, Claude François, Fugain, Montand, téléphone, les Stones, les Beatles, the Police, Mozart, Bach, Beethoven...
Je voulais me prêter au jeu De Marilyn Monroe, d'Audrey Hepburn, de Jeanne Moreau, de Simone Signoret, de Romy Schneider, De Grace Kelly, deGreta Garbo, de Cary Grant, de Clark Gable, de James Dean, de Marlon Brando, de Bourvil, de Paul Newman, de John Wayne, De Jane Fonda, de Elizabeth Taylor, de Ava Gardner, de Marlene Dietrich, de Rita Hayworth, de Sophia Loren...
Je voulais admirer inlassablement les oeuvres de Manet, de Renoir, de Monet, de Picasso, de Matisse, de Nolde, de Bazille, de Sisley, de Cézanne, de Modigliani, de Van Gogh, de Gauguin, de Botticelli, de Delacroix, de Rembrandt, de Goya, de El Greco, de De Vinci, de Vermeer, de Velazquez...
Je voulais me plonger dans les mathématiques, étudier le théorème de la complétude de Gödel, étudier les 23 problèmes de Hilbert, dont les trois résolus partiellement, dont l'hypothèse du continu de Cantor, dont la conjecture de Riemann, dont le théorème de Kronecker portant sur les corps algébriques, dont le problème de Dirichlet, dont la géométrie énumérative de Schubert...
Je voulais comprendre la physique et ses énergies cinétiques, m'informer sur Newton Curie Einstein Joule Schrödinger et Uhlenbeck, comprendre l'SVT et son ARN messager, tout savoir sur l'organisme humain, et comprendre la composition de notre chère planète Terre, m'informer sur Darwin et ses hypothèses sur Hess et Holmes au sujet de l'expansion des fonds océaniques, savoir toute l'histoire et du monde entier, connaître par coeur Che Guevarra Gandhi Churchill Hitler Staline Lénine Hô Chi Minh Himmler Pétain Blum Clémenceau Roosevelt Wilson Mao Zedong De Gaulle Franco Kennedy Fidel Castro Oppenheimer Mussolini mais aussi être incollable sur la révolution française avec Marat Saint Just François Noël Babeuf dit Gracchus Condorcet Charlotte Corday Danton Robespierre Camille Desmoulin Hébert La Fayette et Mirabeau, connaître tous les courants politiques tel que le socialisme et le communisme grâce à la doctrine de Marx et Engels, tel que le capitalisme une espèce de profit pour les classes bourgeoises, tel que l'anarchisme ne souhaitant aucune présence d'autorité quelqu'en soit la forme, le libéralisme, le nationalisme, revoir les origines de la démocratie...
Je voulais aider les pauvres, aider les enfants qui meurent de faim en Afrique, aider les femmes battues, aider la recherche contre le cancer. Je voulais faire un jour le marathon, participer aux JO, faire partie d'une équipe de foot, remporter les championnats de danse en tout genre comme le tango, la salsa, la valse, le maddison, le flamenco, le rock acrobatique, la danse classique, la danse orientale, la danse africaine. Je voulais pouvoir jouer de la guitare et me la pêter comme une artiste, pouvoir jouer du beau classique au piano et pas seulement au clair de la lune, pouvoir jouer de la harpe ce son si mélodieux, pouvoir jouer du violon...
Je voulais connaître les moindres rues de Paris, les moindres monuments de Paris, les moindres stations de Paris...
Je voulais voyager, m'enfuir au Brésil, m'enfuir au Sénégal, m'enfuir en Russie, m'enfuir à New York, m'enfuir en Egypte, m'enfuir en Hongrie, m'enfuir en Australie, m'enfuir au Mexique, m'enfuir au Sri Lanka, m'enfuir en Namibie, m'enfuir en Argentine, m'enfuire à Tokyo, m'enfuir partout...
Je voulais goûter à des petits plaisirs auxquels je n'avais pas encore eu le droit : manger tout un pot de nutella sans penser une seconde à ma ligne, sans grossir, faire du saut à l'élastique ou bien en parachute, escalader la Tour Eiffel comme Mimi-Siku dans un indien dans la ville, aimer un homme sincèrement et qu'il m'aime en retour, avoir trois enfants dont une fille qui s'appelerait Bérénice, voir le film Moulin Rouge que je n'ai pas encore vu et que parait-il c'est très grave, aller une dernière fois en Guadeloupe et me noyer dans les énormes vagues de Trois Rivières (dire que je ne reverrais plus la mer...), aller au Pérou et mourir de froid enveloppé dans la neige blanche et frigorifiante, savoir parler toutes les langues du monde, et tellement d'autre. Et tellement d'autre...
C'est fini maintenant. Pour de bon. Ne pensons plus à ce que j'aurais pu faire. Deux jours, c'est tellement court et c'est en même temps trop long. Si cela pouvait arriver maintenant.
Je n'aurais plus l'angoisse de l'attente.
L'angoisse de la mort...